29 avril 2020 – MISE À JOUR

Un arrêté de gestion des urgences, jugé imparfait et risqué, a été modifié à la suite de la lettre de l’ACLC datée du 8 avril 2020, ce qui a abouti à la publication d’un nouvel arrêté amélioré lundi dernier, le 24 avril 2020. Les pouvoirs de perquisition sans mandat et l’interdiction générale des activités religieuses ont été supprimés. Plusieurs points ont été clarifiés et une plus grande proportionnalité a été ajoutée. Dans l’ensemble, c’est une bonne nouvelle pour les libertés civiles au Nunavut !

8 avril 2020

Mme Jeannie Hakongak Ehaloak,
Ministre de la Justice et procureure générale
Gouvernement du Nunavut
B.P. 1000, Station 200
Iqaluit, Nunavut X0A0H0
PAR E-MAIL

Objet : Arrêté du 20 mars 2020 limitant les rassemblements de masse

Monsieur le Ministre,

L’Association canadienne des libertés civiles vous écrit au sujet de l’arrêté de santé publique du 20 mars 2020 restreignant les rassemblements de masse, dont nous joignons une copie. Nous craignons fortement que cet arrêté ne soit inconstitutionnel. Bien que nous reconnaissions que la gestion de la santé publique au Nunavut mérite que l’on s’en remette à l’expertise locale, la Constitution impose des normes plus strictes en matière de nécessité, de clarté et de proportionnalité pour les ordonnances que celles qui sont respectées dans celle-ci, signée par le Dr Patterson. Cette ordonnance restreint les droits et libertés constitutionnels des citoyens d’une manière trop générale, parfois irrationnelle et disproportionnée.

Par exemple, il semblerait qu’il interdise un cercle de prière composé de deux personnes. Il restreint de manière spécifique et délibérée la liberté de religion, sans aucune exception. C’est une chose de limiter les grands rassemblements religieux ou spirituels parce qu’il s’agit de rassemblements de grande ampleur. C’en est une autre de les limiter parce qu’ils sont de nature religieuse. C’est cette dernière option que choisit ce décret. Il est manifestement inconstitutionnel, même s’il pourrait être amendé de manière à atteindre l’objectif que je peux deviner mais que je ne vois pas dans le décret lui-même.

L’interdiction générale visant « tous les rassemblements publics », sans définir ni le terme « public » (par opposition à « privé » ?), ni celui de « rassemblements » (sociaux ou récréatifs ?), ni les deux à la fois, est ambiguë et disproportionnée. Elle semble interdire l’existence même d’un hôpital. Un rassemblement public, est-ce deux personnes, ou 20, 50, 100 ? Là encore, cette disposition pourrait facilement être modifiée afin de clarifier et de préciser ce que vise ici le médecin hygiéniste en chef, car à ce jour, cette ordonnance pourrait être nulle pour cause d’imprécision.

Plus préoccupantes encore sont les dispositions autorisant l’entrée sans mandat dans des locaux. Tout d’abord, la loi sur laquelle s’appuie cette disposition n’est pas suffisamment large pour permettre à un responsable territorial de la santé publique d’autoriser l’entrée sans mandat d’agents de la force publique. Même si nous pouvons ne pas partager cet avis, il nous semble, en toute respectueusement, qu’il mérite d’être réexaminé.

Deuxièmement, ces conditions ne résistent même pas à un examen déférent au regard de la Charte. Comme vous le savez, le critère juridique autorisant une entrée sans mandat est celui des « circonstances urgentes » — par exemple, lorsqu’un agent voit une arme pointée sur la tête d’une personne à travers la fenêtre d’entrée. La formulation des articles 3 et 4 de l’arrêté de santé publique du 20 mars n’est pas comparable à une arme pointée sur la tête.

La formulation employée par le Dr Patterson dans son ordonnance à cet égard est tout simplement trop ambiguë, voire incompréhensible : « le logement, ou un élément se trouvant à l’intérieur de celui-ci ou accessible uniquement par ce dernier, constitue un risque grave et immédiat pour la santé publique ». Un logement ne peut en soi constituer un risque grave pour la santé publique, à moins qu’il n’y ait des preuves de contamination et des indices laissant supposer que le public va pénétrer dans ce logement. Il est impossible pour un agent de la paix de savoir si un bien immobilier ou son contenu est contaminé sans disposer sur place de l’équipement de test approprié et sans que les résultats de ces tests lui soient communiqués. De plus, l’hypothèse selon laquelle le grand public pénétrerait dans un logement contaminé est absurde, ou pour le moins obscure.

De plus, l’expression « risque grave et immédiat pour la santé publique » est trop vague, puisqu’elle englobe tout, de la contamination par la grippe à la fabrication d’opiacés. Les circonstances urgentes impliquent un danger imminent pour les personnes, et non pour les biens. Nous ne voyons pas clairement comment une juridiction présentant un taux d’infection au COVID-19 aussi faible, voire inexistant, pourrait justifier une entrée sans mandat en raison d’un risque hypothétique lié à un concept aussi vague que celui de « risque pour la santé publique ».

Enfin, la condition du « consentement » pour une perquisition sans mandat est formulée en des termes si généraux qu’elle permet à un propriétaire d’autoriser la police à pénétrer sans mandat dans l’appartement d’un locataire, ce qui, à première vue, est contraire au droit constitutionnel en vigueur.

Nous vous remercions de bien vouloir prendre en considération ce qui précède. Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir nous répondre et serions ravis d’être consultés si vous le jugez opportun, même s’il est évident que votre ministère dispose de davantage d’experts en droit constitutionnel que notre petite ONG ne pourrait en offrir.

Cordialement,

Michael Bryant
Directeur général et conseiller juridique
Association canadienne des libertés civiles

About the Canadian Civil Liberties Association

The CCLA is an independent, non-profit organization with supporters from across the country. Founded in 1964, the CCLA is a national human rights organization committed to defending the rights, dignity, safety, and freedoms of all people in Canada.

For the Media

For further comments, please contact us at media@ccla.org.

For Live Updates

Please keep referring to this page and to our social media platforms. We are on InstagramFacebook, Twitter and Blue Sky.

DONATE
This site is registered on wpml.org as a development site. Switch to a production site key to remove this banner.