TORONTO – L’Association canadienne des libertés civiles vient d’envoyer une lettre au conseil municipal de Toronto pour lui faire part de ses inquiétudes quant à l’adoption éventuelle d’un règlement sur les « zones à bulles » interdisant les manifestations offensantes à proximité de divers types d’espaces de rassemblement communautaire. Ce type de règlement soulève de sérieuses questions relatives à la Charte. Bien que nous dénoncions les discours haineux et l’intolérance et que nous nous engagions à œuvrer en faveur d’une société plus inclusive et plus égalitaire, nous estimons que l’adoption de lois punitives donnant aux municipalités et à la police le pouvoir discrétionnaire de restreindre largement l’expression pacifique n’est pas un moyen respectueux des droits d’atteindre cet objectif.
L’un des principaux points soulevés dans notre lettre est que les forces de l’ordre disposent déjà de pouvoirs étendus pour maintenir l’ordre lors des manifestations. La police peut, si nécessaire, utiliser ses pouvoirs pour créer et faire respecter un espace entre deux groupes qui manifestent l’un contre l’autre ou pour faciliter l’accès à des bâtiments communautaires ou à des propriétés privées. En outre, les lois pénales existantes ne visent pas seulement un large éventail de comportements physiquement violents – elles interdisent également toute une série d’autres comportements qui n’impliquent pas de violence physique.
Notre lettre met également l’accent sur la signification et l’importance de la liberté d’expression et de la liberté de réunion pacifique dans une démocratie. Ces droits sont souvent les outils que les groupes marginalisés utilisent pour plaider en faveur d’un changement sociétal et l’obtenir. Une fois que de larges limites à l’expression et aux manifestations sont en vigueur, elles sont souvent utilisées pour étouffer l’expression pacifique des communautés marginalisées. Ce n’est pas parce qu’une manifestation est perturbatrice ou offensante qu’elle est violente ou qu’elle doit être interdite. Si la liberté d’expression n’est pas absolue, la Cour suprême du Canada a reconnu que le droit de ne pas être offensé n’a pas sa place dans une démocratie.
Enfin, nous avons également exprimé des inquiétudes concernant le processus de consultation en ligne de la ville, car l’enquête accessible au public présente parfois une perspective biaisée, voire trompeuse, sur les règlements relatifs aux zones à bulles. À notre connaissance, l’enquête ne comporte pas non plus de garanties permettant de s’assurer que seuls les résidents de Toronto y participent, ce qui soulève des inquiétudes quant à sa fiabilité. Nous avons demandé à la ville de résoudre ces problèmes afin de promouvoir une consultation équitable, transparente et fiable.
Lisez ici la lettre de l’ACLC au conseil municipal de Toronto.
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