L’ACLC a comparu devant la Cour d’appel de l’Ontario pour soutenir son intervention dans l’affaire R v Kawall, COA-23-CR-0779, un appel qui pose des questions clés quant à savoir si le cadre constitutionnel et réglementaire pour la protection de l’anonymat sera en mesure de suivre le rythme face aux technologies de surveillance émergentes.

L’interaction complexe entre le cadre réglementaire de l’Ontario concernant les cartes – adopté pour remédier aux dossiers de police arbitraires et souvent discriminatoires constitués sur des personnes d’une communauté qui ne sont soupçonnées d’aucun crime – et les technologies de reconnaissance faciale est particulièrement en cause.

D’une manière générale, les technologies de reconnaissance faciale ont des implications considérables pour le maintien de l’ordre. Leur adoption incontrôlée signifierait la fin de l’anonymat dans les lieux publics, tandis que leur tendance persistante aux préjugés (et souvent aux préjugés discriminatoires) menace d’avoir des coûts sociétaux de grande ampleur.

L’appel de Kawall ne répondra pas à tous les défis posés par cette technologie, mais il fournira des indications importantes sur le rôle (et les limites) que la Charte et les instruments réglementaires peuvent jouer pour assurer les contrôles et les équilibres importants que les technologies émergentes requièrent.

Dans l’affaire Kawall, la police a pris une photo d’un individu dans un parking sans aucun fondement, dans le seul but de compiler des informations d’identification sur la personne.

Environ trois semaines plus tard, une infraction a été filmée sur une vidéo de faible qualité avec deux suspects, dont l’un a été identifié comme étant M. Siddiqui. La police a fini par associer la photo initiale au suspect non identifié , car ce dernier avait « la même taille et les mêmes cheveux » et avait été vu en train d’interagir avec M. Siddiqui. La police a ensuite utilisé la technologie de reconnaissance faciale pour mettre un nom sur la photo, et M. Kawall est devenu le deuxième suspect.

Ce scénario soulève un certain nombre de questions essentielles.

La Cour devra décider si une réglementation spécifique mise en place pour réduire le profilage racial interdit à la police de photographier des personnes de la manière dont M. Kawall a été photographié.

Suite aux préoccupations du public concernant l’impact insidieux et disproportionné de la pratique du fichage sur les autochtones, les Noirs et les autres personnes racialisées, l’Ontario a adopté un règlement interdisant à la police de collecter des informations d’identification sur les personnes en l’absence de motifs vérifiables de soupçonner qu’elles sont engagées dans une activité criminelle (le règlement sur le fichage).

Le fait de photographier quelqu’un lors d’une rencontre face à face signifie-t-il que la personne fournit des informations dans le but de l’identifier, comme l’interdit le règlement sur les cartes ? Dans son intervention, l’ACLC a soutenu que oui, en particulier à la lumière de l’accès de la police aux technologies de reconnaissance faciale.

Il a été recommandé de modifier le règlement sur les cartes afin d’exclure la « vidéosurveillance générale ou la photographie ou l’enregistrement fortuit d’une personne » des restrictions générales imposées à la demande d’informations d’identification.

Mais dans le cas présent, la photographie était loin d’être fortuite ou de nature générale. La police a photographié M. Kawall dans le contexte d’une interaction directe « face à face » avec l’intention explicite de constituer un dossier sur lui sans aucune base raisonnable pour soupçonner M. Kawall d’être impliqué dans un délit. La police a agi de la sorte en sachant qu’elle a désormais la possibilité de mettre un nom sur la photo à tout moment à l’avenir grâce à ses capacités de reconnaissance faciale. Les personnes photographiées dans la rue sont également de plus en plus conscientes que la police dispose d’une technologie de reconnaissance faciale.

Selon l’ACLC, il s’agit clairement d’un fichage technologique. La police n’a pas demandé à M. Kawall son nom ou une pièce d’identité parce qu’elle n’en avait pas besoin – une photo suffit à l’ère des technologies de reconnaissance faciale. L’impact sur M. Kawall est tout aussi insidieux que si la police lui avait demandé son nom au lieu de le photographier, ce qui soulève toutes les préoccupations et les coûts sociétaux que la réglementation de l’Ontario cherchait à résoudre.

Plus généralement, l’appel de Kawall porte sur la prise d’une photographie d’une personne en public, dans le contexte des capacités actuelles de la police ontarienne en matière de reconnaissance faciale.

L’utilisation de la technologie de reconnaissance faciale par la police en général soulève des questions importantes concernant la capacité des personnes à se déplacer en public de manière anonyme, un droit que nous avons toujours considéré comme acquis. Les forces de police de l’Ontario utilisent déjà cette technologie très intrusive, bien que de manière plus limitée, qui ne permet pas actuellement d’identifier toute personne au Canada.

Selon l’ACLC, les capacités de reconnaissance faciale de la police ne peuvent être ignorées lors de l’évaluation de l’étendue de la protection constitutionnelle de la vie privée à laquelle les personnes peuvent s’attendre dans les espaces publics.

En gardant cette considération à l’esprit, l’appel de Kawall offre à la Cour l’opportunité de reconnaître la menace posée par cette reconnaissance faciale et de prendre des mesures pour s’assurer que nos protections constitutionnelles suivent le rythme des développements technologiques dans le domaine de la surveillance.

L’ACLC est extrêmement reconnaissante à Travis Walker, Imran Ahmad et Humna Shaikh de Norton Rose Fullbrith pour leur excellente représentation pro bono dans cette affaire.

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