Par David Sweanor, blogueur invité

Des centaines d’épidémies ont frappé l’humanité. Peu d’entre elles ont rivalisé avec la variole, qui se propageait facilement et tuait souvent plus d’un quart des personnes infectées. L’une des raisons pour lesquelles il a fallu tant de temps pour éradiquer la variole est que certaines autorités ont eu recours à des mesures répressives et discriminatoires qui ont suscité l’opposition du public, voire des émeutes. Peut-être cette histoire devrait-elle inspirer l’approche de notre ville face à la COVID-19.

Face à une pandémie, nous sommes véritablement tous dans le même bateau. Chacun d’entre nous fait partie de l’équipe de crise. Qu’il s’agisse d’aider ses voisins ou de faire un don de son temps ou de son argent, chaque geste est l’occasion de renforcer la cohésion sociale et la confiance, indispensables à une ville épanouie et en bonne santé.

En matière de santé publique, on évoque souvent la nécessité de responsabiliser les personnes plutôt que de les punir, de comprendre leur réalité quotidienne et de « les accompagner là où elles en sont ». Mais, comme on l’a vu avec les efforts déployés pour endiguer la variole, certains dirigeants ont tendance à opter pour des mesures autoritaires et coercitives. Celles-ci nuisent généralement aux groupes les plus défavorisés sur le plan social et ne contribuent guère à prévenir la maladie. Dans le cas de la variole, les autorités ont imposé la quarantaine et la vaccination aux personnes arrivant en troisième classe à bord des navires, tout en laissant les passagers de première classe libres de débarquer. L’équivalent aujourd’hui consiste à limiter inutilement l’accès à l’air frais et à l’exercice physique pour les populations les plus défavorisées d’Ottawa.

C’est ainsi que nous perdons le soutien du public au moment où nous en avons le plus besoin.

Prenez un instant pour réfléchir au fait que l’accès à nos nombreux parcs publics est désormais largement interdit. Si vous ne vivez pas dans un appartement exigu, peut-être avec de jeunes enfants, imaginez la situation de ceux qui y vivent. Pour citer la déclaration d’état d’urgence de notre ville : « Il est autorisé de traverser un parc pour se rendre à destination ou pour faire de l’exercice, à condition de ne pas s’attarder ni de se rassembler avec d’autres personnes, de ne pas jouer ni de se livrer à toute autre activité. »

Les personnes qui rédigent et appliquent ces règles pensent-elles vraiment que « toute autre activité » que le simple fait de se promener dans un parc constitue une menace pour notre bien-être collectif ? Que nous devrions être scandalisés de voir une personne âgée pratiquer le tai-chi à l’aube dans un parc par ailleurs désert ? Que lancer un bâton à un chien ou jouer avec un enfant, prendre l’air et se dépenser après avoir été confiné toute la journée, constitue une menace telle pour notre santé collective qu’elle nécessite l’intervention musclée des forces de l’ordre ? Apparemment oui.

Le message draconien « restez chez vous » n’est pas seulement inutilement autoritaire, mais constitue également un affront pour ceux qui ne disposent pas d’un lieu sûr et sain où se sentir chez eux. Il ignore en outre le fait que les virus se propagent bien plus facilement dans des espaces clos et bondés. Et que l’air frais et l’activité physique sont essentiels tant pour la santé physique que mentale.

Le message doit porter sur la distanciation physique. Le public en comprend l’importance et cette mesure est facile à respecter en extérieur.

Ce n’est pas seulement qu’il est difficile d’empêcher les gens de sortir alors que le beau temps est enfin de retour. C’est qu’on devrait les y encourager. Transformez l’activité physique en un message positif. Donnez aux gens les moyens d’agir. Sollicitez les suggestions de la communauté pour trouver des activités respectueuses de la distanciation physique. Voyons les gens jongler, admirer les fleurs, apprendre aux enfants à faire du vélo, sourire à leurs voisins. Les autorités devraient cesser de dire aux gens de rester chez eux et s’attacher plutôt à ouvrir suffisamment d’espaces pour que tous ceux qui souhaitent sortir puissent le faire en toute sécurité. Si cela implique de fermer davantage de routes à la circulation automobile (comme on l’a vu récemment sur la Queen Elizabeth Driveway), de réduire les limitations de vitesse et d’ouvrir des espaces verts, tant mieux. La fermeture des parcs n’est pas étayée par des données probantes, elle est contre-productive et sapera le soutien aux mesures qui sont véritablement importantes pour prévenir la propagation de la COVID-19.

Cette pandémie s’annonce comme une épreuve de longue haleine, mais nous pouvons en faire une occasion de renforcer la confiance et le capital social. Nous pouvons en sortir en tant que ville plus forte et en meilleure santé.

David Sweanor est cofondateur de la Healthy Transportation Coalition, professeur associé de droit et président du comité consultatif du Centre pour le droit, les politiques et l’éthique de la santé de l’Université d’Ottawa ; il fait également partie du Global Leadership Council de la Boston University School of Public Health et travaille dans le domaine des politiques de santé publique à l’échelle mondiale depuis 1983.

Cet article a été publié pour la première fois sur Healthy Transportation Coalition.

À propos de l'Association canadienne des libertés civiles

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