Les Canadiens méritent d’être protégés contre les excès de l’IA, mais la loi sur l’intelligence artificielle et les données du projet de loi C-27 n’est pas à la hauteur de la tâche.
Toronto, ON – Aujourd’hui, 45 organisations de la société civile, experts et universitaires de premier plan ont publié une lettre ouverte au ministre de l’Industrie, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, dans laquelle ils exposent leurs principales préoccupations concernant la version actuelle de la Loi sur l’intelligence artificielle et les données (LADD), actuellement intégrée au projet de loi sur la protection de la vie privée, le projet de loi C-27, proposé par le gouvernement. Le Comité de l’industrie et de la technologie de la Chambre des communes commencera son étude de la législation demain, mardi 26 septembre.
Les signataires s’inquiètent vivement du fait que l’intégration de la réglementation de l’IA dans le projet de loi C-27 sur la protection de la vie privée ne permettra pas d’examiner convenablement l’ACRA et privera le comité du temps et de l’attention nécessaires à l’amélioration des dispositions du projet de loi relatives à la protection de la vie privée. Tout en préconisant la séparation de l’ACRA dans son propre processus, les signataires ont également fourni au ministre Champagne des recommandations de base minimales pour les changements à apporter à l’ACRA.
Les principales recommandations de la lettre sont les suivantes
- Reconnaître la vie privée comme un droit humain fondamental ;
- Le fait de retirer la réglementation de l’IA de la compétence exclusive de l’ISED, étant donné que le mandat de l’ISED est de soutenir l’industrie de l’IA, est en contradiction avec l’intérêt public de réglementer les dangers potentiels de l’IA ;
- Remédier à la formulation mal définie de l’ACRA qui crée des lacunes et un manque de règles applicables ;
- s’engager à consulter beaucoup plus activement les parties prenantes, au-delà des initiés de l’industrie, afin de s’assurer que l’ACRA et les règles ultérieures en matière d’intelligence artificielle sont bien équilibrées et protègent les droits
- Étendre la réglementation de l’IA aux secteurs public et privé, y compris aux agences de sécurité gouvernementales.
Nous savons que les Canadiens sont inquiets : au cours des deux dernières années, plus de 10 000 signatures et lettres ont été envoyées à des représentants du gouvernement pour leur demander de prendre des mesures énergiques afin de lutter contre les effets de l’IA et de la reconnaissance faciale. Depuis novembre 2021, plus de 29 500 signatures ont été recueillies par les pétitions d’OpenMedia demandant de nouvelles lois sur la protection de la vie privée au Canada, et plus de 17 800 messages ont été envoyés au gouvernement pour réclamer une meilleure protection de la vie privée.
Citations
« En combinant l’examen de la réglementation sur la protection de la vie privée du projet de loi C-27 avec celui de la réglementation sur l’IA, la ministre Champagne ne rend pas service aux deux. Aujourd’hui, nous nous joignons à nos pairs pour demander au gouvernement de prendre le temps et l’espace nécessaires pour s’assurer que les règles canadiennes en matière d’IA respectent pleinement nos droits humains. »
– Matt Hatfield, directeur des campagnes chez OpenMedia
« Exclure de toute forme de réglementation les technologies d’IA du secteur privé développées à des fins de renseignement gouvernemental, de défense et de sécurité nationale signifie que certains des outils d’IA les plus potentiellement dangereux bénéficient d’un laissez-passer. Si le gouvernement veut vraiment protéger les droits des personnes au Canada, AIDA n’est pas à la hauteur »
– Tim McSorley, coordinateur national de la Coalition pour la surveillance internationale des libertés civiles.
« La loi sur l’intelligence artificielle et les données (AIDA) ne parvient pas à saisir la complexité des préjudices et des risques que l’IA peut faire peser sur les individus, les communautés et leurs droits fondamentaux. Ces droits et libertés doivent être protégés dans notre paysage technologique en évolution rapide, et la loi ACRA n’est pas apte à le faire – elle risque d’être en retard sur son temps avant de pouvoir répondre au présent. »
– Daniel Konikoff, directeur intérimaire du programme de protection de la vie privée, de la technologie et de la surveillance à l’Association canadienne des libertés civiles.
« La réglementation de l’IA dans le cadre de l’ACRA manque de contrôle indépendant, s’appuie fortement sur le pouvoir discrétionnaire de l’industrie et l’autorégulation, et ne prend pas en compte de manière significative les préjudices systémiques et les droits de l’homme. Dans sa forme actuelle, l’ACRA est bien trop peu développée pour constituer une législation sérieuse sur l’IA qui mérite d’être étudiée en commission. »
– Yuka Sai, juriste au Centre pour la défense de l’intérêt public (Public Interest Advocacy Centre)
« Les Canadiens méritent une législation sur l’IA qui donne la priorité aux droits de l’homme plutôt qu’au développement économique. L’ACRA ne répond pas à cette norme. Le pouvoir qu’a la technologie de l’IA de permettre la surveillance de masse, et le risque de violations massives des droits créé par l’utilisation non réglementée de ces outils par le gouvernement, sont trop importants pour être balayés d’un revers de main et laissés pour plus tard. »
– Aislin Jackson, Policy Staff Counsel at the British Columbia Civil Liberties Association (Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique)
La loi sur l’intelligence artificielle et les données (AIDA) est irréfléchie et antidémocratique. Elle est motivée par les intérêts de l’industrie de l’IA et non par l’intérêt public. Les Canadiens méritent un véritable processus de consultation avant l’adoption d’une telle loi.
– Andrew Clement, professeur émérite, Université de Toronto (affiliation uniquement)
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